Le 4 juillet 2014 restera gravé dans l’histoire du football brésilien. Ce soir-là, au Mondial organisé à domicile, Neymar s’effondre après un violent choc avec le Colombien Juan Camilo Zúñiga. Le diagnostic est terrible, fracture d’une vertèbre lombaire, fin de Coupe du monde. Quelques jours plus tard, sans son numéro 10, le Brésil subit la plus grande humiliation de son histoire avec ce 7-1 face à l’Allemagne. À seulement 22 ans, celui qui devait succéder à Pelé et offrir une sixième étoile au peuple brésilien voyait son plus grand rêve s’éloigner. Il était le prince. Le roi restait à couronner.
Douze ans plus tard, l’histoire semble avoir refermé le cercle. Après les éliminations en quarts de finale en 2018 et 2022, le Brésil quitte le Mondial 2026 dès les huitièmes de finale. Si cette élimination marque sans doute la fin de l’aventure internationale de Neymar, elle laissera l’image d’un génie qui n’a jamais réussi à mener son pays au sommet du football mondial. Une immense frustration pour celui qui a porté pendant plus d’une décennie le poids des attentes d’un pays où seule la Coupe du monde est considérée comme une véritable consécration.
Pourtant, les chiffres racontent une tout autre histoire. Avec 131 sélections, 80 buts, 58 passes décisives, Neymar est devenu le meilleur buteur de l’histoire de la Seleção, devant Pelé, et le deuxième joueur le plus capé, derrière Cafu. Il a également remporté la Coupe des Confédérations 2013, l’or olympique à Rio en 2016, inscrit 9 buts en Coupe du monde et fait vibrer des millions de Brésiliens par son talent, sa créativité et son audace. Peu de joueurs auront autant marqué l’histoire du football brésilien sur le plan individuel.
Mais au Brésil, les statistiques ne suffisent pas. Pelé est devenu le Roi grâce à ses trois Coupes du monde. Ronaldo, Ronaldinho, Romário et Rivaldo ont eux aussi gravé leur nom dans l’éternité en ramenant le trophée à la maison. Neymar, lui, aura souvent été freiné par les blessures, les polémiques, les changements de génération et des équipes parfois incapables de répondre aux immenses attentes placées en lui. Son héritage restera paradoxal, un joueur extraordinaire, l’un des plus talentueux de son époque, mais auquel il manquera toujours ce titre suprême qui change une légende en mythe.
Le football est parfois cruel. Il ne récompense pas toujours les plus grands artistes. Si Neymar a disputé son dernier match sous le maillot auriverde, il quittera la scène sans la couronne qu’il poursuivait depuis ses débuts. Mais il laissera derrière lui un héritage immense, celui d’un joueur qui a redonné le sourire à tout un peuple, inspiré une génération entière et porté le Brésil pendant plus de dix ans. Le prince n’est peut-être jamais devenu roi, mais il restera à jamais l’un des plus grands princes que le football ait connus.
Nel Charbel KOFFI
